A quarante ans, Ella a tout pour être heureuse : trois beaux enfants, un mari à la carrière brillante et une belle maison. Et pourtant ... le vernis de cette vie confortable tend à se craqueler peu à peu.

Engagée comme lectrice par une maison d'édition, Ella se retrouve un jour avec un manuscrit sur le soufisme entre les mains relatant la magnifique rencontre entre Shams de Tabriz, derviche mystique et l'érudit Rûmi de Konya. Cette histoire qui a eu lieu au 13e siècle fait alors écho en Ella. Au fil des pages, Elle s'initiera peu à peu à cette religion de l'Amour, ce qui l'amènera à repenser sa vie.

C'est un beau roman écrit avec une narration originale en deux temps entrelacés tout au long de l'oeuvre rendant la lecture divertissante. On découvre les fondements du Soufisme à travers l'initiation de Rûmi par Shams, initiation relayée et vécue plusieurs siècles plus tard par Ella à travers le manuscrit, mais également par le lecteur.

On appréciera la découverte de cette branche ésotérique de l'Islam, dont la spécificité est d'autant plus mise en avant qu'elle est confrontée à un Islam beaucoup plus rigoriste. En revanche, l'aspect presque caricatural des personnages m'a empêché de m'attacher à eux, rendant la lecture par moment difficile.

C'est malgré tout une bonne lecture qui nous offre une belle introduction à ce qu'est le Soufisme.

Ceci, mes amis est appelé "sema" - la danse des derviches tourneurs. Dès ce jour, les derviches de tout âge danseront le sema. Une main tournée vers le ciel, l'autre tournée vers la terre, promettant de distribuer  aux autres chaque étincelle d'amour  que nous recevons de Dieu.

Des heures avant la représentation, Rûmi et moi nous sommes retirés dans une pièce tranquille pour méditer. Les six derviches qui allaient tourner ce soir-là nous ont rejoints. Ensemble, nous nous sommes acquittés des ablutions et nous avons prié. Puis nous avons revêtu nos costumes. Plus tôt, nous avions parlé longuement de ce que devait être la tenue appropriée, et nous avons choisi des tissus simples dans les teintes de la terre : chapeau de couleur miel symbolisant la pierre tombale, longue jupe blanche, le linceul, et cape noire, la tombe. Notre danse exposait la manière dont les soufis écartent le Moi en entier comme s'ils se débarrassaient d'un bout de peau morte.

Soufi, mon amour Elif Shafak