A leur manière, Ma Jian et Mo Yan s’attaquent respectivement dans leur oeuvre à la politique de l’enfant unique mise en place à la fin des années 70.

Cette politique visait à imposer aux chinois d’avoir un seul enfant par couple sous peine d’amende, et se traduisait également par des opérations de stérilisation ou bien d'avortements pratiqués par la force. Rappelons que Mao Zedong avait vivement encouragé les chinois à faire le plus d’enfants possible. En effet, il croyait fermement que la puissance d’une nation se mesurait à l’importance de sa population. Après sa mort en 1976, Deng Xiaoping met en place cette politique, motivé soit par la peur des conséquences d’une surpopulation tirée du malthusianisme ou bien par la volonté d’améliorer le niveau de vie des chinois (plus facilement réalisable avec une population moindre). Le sujet fait encore débat.

La brutalité de l’application de cette politique a marqué profondément la population chinoise, surtout rurale. Dans les campagnes, la richesse de ces familles réside dans leurs enfants. D’autant plus que dans une société patriarcale, les garçons ont pour eux plus de valeur que les filles. Il y a d'ailleurs un dicton chinois qui dit qu' une fille est une marchandise qu'on vend à perte ... Les foyers ayant déjà eu une fille prennent tous les risques pour tenter une nouvelle grossesse afin d’avoir un garçon. Si ils se font prendre, cela donnait lieu à des avortements parfois à 7/8 mois de grossesse … risquant ainsi du même coup la vie des mères. On peut mentionner aussi les multiples infanticides de bébés filles.

Dans « La route sombre », nous suivons une famille paysanne qui fuit les autorités pour permettre à Meili d’aller au bout de sa grossesse. L’auteur ne fait aucune concession sur les horreurs infligées en premier lieu aux femmes, notamment lors des avortements.Dans « Grenouilles », nous avons un autre point de vue, celui d’une gynécologue. Alors qu’elle est devenue en quelque sorte l'héroïne de son village grâce à ses talents, Wan le coeur se voit devoir pratiquer des avortements forcés. A travers le récit, on pressent le malaise à exercer cette tâche complètement aux antipodes de son métier.