Cette oeuvre, écrite par Philippe Tourault historien spécialiste de la Bretagne, nous livre un récit passionnant à l'aide d'un savant dosage entre faits historiques détaillés et narration claire et dynamique. Une lecture que l’on prend plaisir à faire pour cette belle rencontre avec une reine de France emblématique.

Et quel destin que celui de cette deux fois reine de France !

Dès sa plus tendre enfance, Anne de Bretagne (1477-1514) est au centre de toutes les attentions diplomatiques européennes, ballotée par les aléas politiques du 15e siècle dont son duché la Bretagne et la France font partis des principaux protagonistes. Louis XI, célèbre roi Araignée avait pour ambition (obsession peut être ?) de consolider les frontières du royaume de France, dans un contexte où la guerre de cent ans venait à peine de se terminer en 1453 sous Charles VII (père de Louis XI). La Bretagne, royaume indépendant, peut à tout moment conclure une alliance pouvant compromettre cette "paix" tout juste naissante. Conscient de son infériorité militaire mais aussi des visées politiques françaises sur son duché, François II, duc de Bretagne va chercher à s'entourer d'alliés en faisant miroiter la main de sa fille aînée Anne (sans descendance mâle et en l'absence de loi salique, elle est son héritière directe). Le Saint Empire romain germanique & l'Angleterre font partis des candidats potentiels, renforçant ainsi les craintes de Louis XI. Mais hélas, emporté par la mort, il n’aura pas l'occasion d'achever cette quête d'une France unifiée. C’est son fils, le roi Charles VIII, sa fille Anne de Beaujeu et son gendre qui s’en chargeront.  

Anne perdra également son père, qui la laisse seule face à la détermination des Valois. Mais cette détermination est mise à rude épreuve, car malgré son jeune âge (10 ans !), Anne ne va pas se laisser faire et tentera toutes les options possibles pour éviter l’inéluctable. Mais trahie par certains proches & dénuée d’alliances fortes, elle se verra malgré tout contrainte à épouser Charles VIII, non sans négocier au préalable le contrat de mariage, faisant du roi de France l’administrateur de son duché sans en être propriétaire.  

Contre tout attente, ce mariage de raison deviendra un mariage d’amour. Anne, déjà très éprouvée depuis son jeune âge par les évènements, goûte enfin à cette félicité conjugale tant espérée. Pourtant déjà, les premiers nuages noirs s'annoncent. C’est tout d’abord son fils Charles Orland qui décède de maladie en bas âge. S’ensuivent ensuite plusieurs fausses couches ou d’enfants morts nés laissant le couple dans le désespoir d’avoir une descendance viable, nombreuse et donc un dauphin pour le trône.

Puis arrive l’accident bête, Charles VIII se cogne violemment la tête contre un linteau de bois alors qu’il était en chemin pour voir une partie de jeu de paume. Il décédera plusieurs heures plus tard à l'âge de 27 ans.  

Sonnée par cet énième malheur, Anne redevient duchesse de Bretagne selon le contrat de mariage. Elle retourne donc dans son duché faire son deuil, mais pas pour longtemps. En effet, le contrat stipule aussi qu’Anne devra épouser le successeur de Charles VIII en cas de décès prématuré de ce dernier, et cela pour éviter à la Bretagne de conclure d’autres alliances pouvant mettre à mal les intérêts de la France. Bien que se trouvant en état de choc par la situation, Anne n’en garde pas moins la tête froide et négocie le mariage avec le nouveau roi de France Louis XII en s’assurant que son duché reste dans son giron. Louis XII lui cédera et Anne ceint de nouveau la couronne de France.

Dans son malheur, une éclaircie cependant. De ce second mariage de raison adviendra un attachement profond entre Louis & Anne. Mais contrairement à sa relation avec Charles VIII, Anne va s'imposer bien plus dans les affaires du pays, devenant ainsi une conseillère habile et fine stratège, bénéficiant de l’oreille attentive du roi. Son influence politique va se jouer aussi à travers sa cour réputée à travers toute l’Europe pour la bonne instruction et la grâce de ses dames de compagnie. Elle placera certaines de ses protégées dans les familles les plus reconnues, parfois même sur un trône. La finesse de cette éducation pourvue est portée par l’amour de Anne de Bretagne pour les arts. Reine mécène, elle prête une attention particulière aux poètes & écrivains de toute sorte. Cette curiosité intellectuelle va d’ailleurs être grandement nourrie par les différents voyages italiens de Charles VIII puis de Louis XII d’où ils ramèneront livres, mobiliers et même artistes.  

De son union avec Louis XII, elle va donner naissance, non sans mal, à deux petites filles dont l’aînée va être l’objet d’une grave dispute au sein du couple royal. Alors qu’Anne de Bretagne souhaite marier sa fille Claude au petit fils de l’empereur du Saint Empire romain germanique, le futur Charles Quint, Louis XII lui a en tête un tout autre candidat, le petit François d’Angoulême, futur François Ier. Le duché de Bretagne semble être une nouvelle fois au coeur des négociations car apporté en dot par la petite Claude de par l’héritage de sa mère. Louis souhaite voir la région définitivement intégrer au territoire français tandis que Anne espère lui voir garder son indépendance, même relative. Malheureusement pour Anne, Louis XII va lui tenir tête pour la toute première fois, et le mariage entre Claude et François sera conclu. Après ce soufflet, Anne va aller ruminer sa colère lors d'un pèlerinage entrepris à travers toute la Bretagne, et tenter d'afficher tant bien que mal sa souveraineté sur la région mise à mal par cette décision prise contre sa volonté.

Et d'ailleurs, ce mariage, véritable pomme de discorde, ne se réalisera que quelques mois après le décès de la reine ...

Car, alors que la santé de Louis XII a souvent été des plus préoccupantes, c’est celle de Anne qui déclinera d’un coup. Epuisée par les grossesses à répétition, elle tombe gravement malade. Surmontant parfois le mal, elle expira finalement un an et quelque plus tard à seulement 36 ans.

Le décès de la reine va être un déchirement pour ses proches et en particulier pour Louis XII, qui organisera pour « sa petite brette » de somptueuses funérailles dont le faste n’aura jamais été égalée auparavant, source d’inspiration pour la royauté par la suite.  

Ainsi, Anne va être inhumée de la même façon qu’elle aura vécu. Son corps repose dans la nécropole royale à Saint Denis, tandis que son coeur, lui, sera porté à Nantes, au sein de son duché chéri.  

Sources