Une lecture que j’ai beaucoup apprécié car elle m’a remuée et dérangée. Nous faisons la connaissance de Jean Baptiste Clamence qui, dans un long monologue, raconte sa déchéance. Avocat, défenseur des meurtriers et des truands, il s’aime à travers l’aide qu’il donne ouvertement à autrui & qu’il le fait être apprécié de son entourage. Un soir pourtant, sur les quais de Seine à Paris, il laisse une jeune femme se suicider en sautant d’un pont. De là commence « sa chute » morale. Il prend conscience de la vacuité des « valeurs » qu’il pensait être siennes jusque là. Cette prise de conscience de son hypocrisie morale va le rendre paranoïaque croyant voir sa culpabilité dans les yeux de tous. Cette culpabilité va de pair avec la « lourdeur » du libre-arbitre. Oui, l’homme est libre de ses choix et il doit les assumer.

Clamence va donc s’isoler & se rendre à Amsterdam où il va se perdre dans l’alcool et la prostitution pour oublier ce qui le fait le plus horreur : lui-même. Il va se convertir en juge-pénitent : se confesser lui donnera le droit de juger autrui, et ce jugement de cet alter ego lui procura un instant de répit dans sa détestation de lui-même, véritable ersatz de la Rédemption :

« Plus je m’accuse et plus j’ai le droit de vous juger. »

Cette lecture nous pousse à nous interroger sur nous même, nos actions mais surtout notre passivité. Cela m’a rappelé la lecture des «Carnets du sous-sol » de Dostoïevski où un homme malade (de lui-même ?) s’isole pour se confesser et rendre compte également de sa propre hypocrisie. Il y a beaucoup de similitudes entre ces deux oeuvres : un narrateur malade dans sa tête & dans sa chair, se voulant supérieur aux autres, une confession dans un monologue et une réflexion sur notre société.