Un film que j’ai beaucoup aimé car il traite d’un sujet historique passionnant, porté par de bons acteurs, en particulier l’actrice principale Barbara Sukowa. Des films d’archives du procès ont été intégrés à l’histoire, Eichmann jouant ainsi son propre rôle, rendant le film plus réaliste.

Nous sommes en 1961, le Mossad a arrêté Eichmann en fuite en Argentine et Israël décide de le juger à Jérusalem. Hannah Arendt, alors professeur d’université à New York, déjà connue pour ses oeuvres telles que Conditions de l’homme moderne & les origines du totalitarisme, est envoyée par le New York Times pour couvrir le procès. Tout le film porte sur la couverture de ce procès, l’écriture de son article et la réception de ce dernier par l’opinion.

J’ai noté pour ma part 4 points intéressants :

1/ La forme du procès : alors que Hannah Arendt et son entourage apprennent que Eichmann sera jugé à Jérusalem, la question suivante émerge, à savoir, est ce que Israël a le droit de s’en charger. Ne sont ils pas à la fois juge et parti ? Est ce que le procès ne va pas donner lieu à une mascarade qui n’aura que pour but de faire de Eichmann un bouc émissaire pour toutes les horreurs du régime nazi ? N’aurait il pas fallu qu’il soit jugé en Allemagne, à l’instar du procès de Nuremberg ? La question méritait d’être posée et discutée.

2/ La banalité du mal : Arendt qui va vécu dans sa chair la terreur du régime nazi rendra compte de la médiocrité de Eichmann alors qu’elle s’attendait à un monstre. Eichmann n’est en fait qu’un « bureaucrate » qui n’a fait qu’obéir aux ordres. Cette réflexion va l’amener à théoriser la banalité du mal : tout un chacun peut devenir un monstre à partir du moment où il abandonne la pensée.

3/ Expliquer n’est pas excuser : l’article de Arendt provoquera une énorme polémique & choquera entre autre l’opinion juive, car elle verra dans sa tentative d’explication du rôle de Eichmann dans la solution finale une excuse à ces atrocités. Malgré le fait qu’elle regardera les faits comme tels en essayant de théoriser son analyse de "la barbarie par le devoir", on lui reprochera une certaine indulgence à l’égard d’Eichmann. Le choc sera d’autant plus important quand elle mentionnera le rôle des Judenrats (conseil juif) dans la mise en oeuvre de la Solution finale, qui a facilité le travail du régime nazi.

4/ Heidegger, le maître à penser de Arendt, adhérant du parti nazi : La liaison de Arendt et Heidegger est plusieurs fois mentionnée. En effet, on voit une Hannah Arendt, jeune étudiante, en admiration devant son professeur, véritable théoricien de la pensée reconnu pour son oeuvre à l'époque. Pourtant, son adhésion au parti nazi va profondément affecter Arendt.

Bref, un film qui vraiment intéressant à voir et qui me donne envie de me replonger dans la philosophie d’Hannah Arendt. Une déception néanmoins : l’absence de la mention de Kant et de son concept du devoir qui pourtant a été mentionné au procès par Eichmann lui-même et commenté par Arendt dans son article.

Sources :

Les chemins de la pensée, Jacqueline RUSS collection Bordas

Heidegger & le nazisme