Nawal el Saadawi, la « Simone de Beauvoir du monde arabe » nous livre le témoignage fort de Ferdaous recueilli en tant que psychiatre la veille de son execution. Cette jeune femme lui raconte son combat constant pour pouvoir vivre simplement sa vie et se défaire de l’emprise de son père, de son oncle, de son mari puis de son proxénète. De désillusion en désillusion, Ferdaous garde malgré tout la tête haute. Condamnée à la peine capitale (sans réel procès) pour avoir tué son proxénète, elle voit dans cette mort prochaine une victoire car si on souhaite la faire mourir, c’est bien parce qu’elle fait peur par sa soif de liberté et les revendications sur sa personne. Elle s’appartient à elle seule. Ce n’est plus elle qui a peur finalement…

Dans ce récit, on voit très bien l’emprise constant des hommes sur la femme, son corps et son esprit, mais aussi des femmes entre elles : les mères, les belle- soeurs … contribuent à ces abus tel un syndrome de Stockholm sévère. C’est toute une tradition patriarcale qu’il s’agit de remettre en question et des mentalités qui doivent évoluer mais c’est un travail de longue haleine. Cela nous donne également un autre regard sur nos droits acquis en Europe, leur valeur, et qui restent toujours à défendre.

Je savais à peu près à quoi m’attendre dans cette lecture, mais malgré tout, j’ai été choquée car je pense que tant qu’on a pas lu / vu de témoignages de cette nature, on ne peut pas vraiment savoir ce que vivent ces femmes. C’est à la fois un sentiment de révolte et d’amour sororal profond qui m’a habité dans la découverte de cette oeuvre. Je vous le recommande vivement.

J’ai d’ailleurs déjà acheté « Memoirs of a Women Doctor »pour poursuivre ma découverte de Nawal El Saadawi.