En Russie, fin du 19eme siècle, Iouri Jivago perd ses parents très jeune. Il est alors recueilli par une famille de son entourage, les Groméko qui ont d’ailleurs déjà une petite fille Tonia du même âge. Iouri va grandir et s’épanouir au sein de cette famille aimante. A Moscou, il y fait des études de médecine alors que déjà la révolution commence à gronder. Il fait la rencontre de Lara, jeune fille débrouillarde qui vient d’une famille désargentée et qui tente de s’extirper de l’influence néfaste de sa mère & de Komarovski, le protecteur de cette dernière. Iouri en tombe amoureux mais les circonstances ne favoriseront pas leur rapprochement. En effet, la mère de Tonia leur fera promettre à elle & à Iouri de se marier sur son lit de mort. C’est un mariage heureux même si Lara ne quitte jamais vraiment les pensées de Iouri qui, poète à ses heures perdues, lui dédie de magnifiques écrits.

Les jours heureux sont comptés car la guerre éclate & Iouri est envoyé au front pour combattre les allemands à l’ouest. Il y rencontre de nouveau Lara qui s’est engagée comme infirmière dans l’espoir de retrouver son mari Pacha, parti combattre. Face à la cruauté de la guerre & la souffrances des hommes, Lara & Iouri se rapprochent mais leur situation maritale respective les empêche moralement d’exprimer leur amour.

De retour à Moscou, c’est la révolution qui sonne & la guerre civile qui est déclarée entre les rouges et les blancs. Groméko étant un riche industriel, la famille décide de fuir la capitale afin d’éviter toutes représailles à leur encontre. Ils s’installent donc dans l’Oural, à Varykino et vivent une vie modeste & campagnarde. Iouri retrouve Lara qui habite Iouratine, une ville proche de Varykino. Cette fois ci, l’amour devient plus fort que tout … Mais la culpabilité envers Tonia ne tarde pas à naître dans le coeur de Iouri qui décide finalement de rompre. Il est alors enrôler de force par une brigade de rouges pour combattre les blancs. Iouri tombe dans les méandres de la guerre civile dont il ne ressortira pas indemne …

Une magnifique histoire d’amour sur fond de fresque historique, le docteur Jivago nous raconte une des périodes de l’histoire de Russie les plus troubles avec beaucoup de justesse. Pasternak dépeint le revers de la Révolution porteuse d’espoir mais qui se révèle liberticide & mortifère. Rappelons nous que l’écrivain a risqué sa vie pour faire publier cette oeuvre, désavouée par Staline puis par Kroutchev. La peur de l’exécution ne l’aura jamais quitté. Il est intéressant de noter que Jivago signifie « Vivant » en russe, et c’est bien l’objet de cette oeuvre : Iouri Jivago va tenter de survivre à travers l’Histoire qui fait ou broie les hommes.

L’amour de Iouri & de Lara est très beau dans sa contradiction & ses enjeux : ils ont tous deux un conjoint auquel ils tiennent, & pourtant, l’amour parfois ne s’explique pas, il se ressent & s’exprime. L’amour n’a rien de simple ni de binaire & c’est la délicatesse de cet émotion qui nous est contée.

« Ma charmante, mon inoubliable! Tant que les creux de mes bras se souviendront de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule & sur mes lèvres, je serai avec toi. Je mettrai toutes mes larmes dans quelque chose qui soit digne de toi, et qui reste. J’inscrirai ton souvenir dans des images tendres, tendres, tristes à vous fendre le coeur. Je resterai ici jusqu’à ce que ce soit fait. Et ensuite je partirai moi aussi. »

Jivago est un médecin qui veut mettre son métier au service des plus faibles. C’est un véritable humaniste. C’est aussi un poète qui chante l’amour & la nature. C’est un homme profondément proche de la forêt avec laquelle il se sent en harmonie. Il l’écoute, l’observe & la respecte.

« Il s’était créé une sorte d’intimité vivante entre les oiseaux et l’arbre. On aurait dit que le sorbier, témoin de leurs efforts, avait longtemps résisté, puis s’était rendu, pris de pitié pour ces petits oiseaux; il avait cédé comme une mère dégrafe son corsage et donne le sein à son enfant : « Vous êtes impossibles. Enfin, mangez-moi, mangez-moi. Nourrirez-Vous. » Et il souriait. »

Pasternak est poète avant tout. Le docteur Jivage sera son seul roman. Et c’est passionnant de voir que même à travers le roman, à travers Jivago, Pasternak n’oublie jamais la poésie. Le roman se termine avec le recueil de poésie de Iouri dont voici le premier poème :

La plume de Pasternak est belle, fluide, juste. Malgré près de 700 pages, le livre se lit vite. Quelques longueurs néanmoins à la fin auraient pu être évitées.

J’ai regardé l’adaption cinématographique de Giacomo Campiotti sorti en 2002 & c’est BEAU!

Je vous invite vraiment à le voir : le cadre est sublime, les acteurs sont superbes avec une mention pour l’acteur Hans Matheson (Iouri Jivago) dont l’interprétation est bouleversante. Le film est aussi étoffé avec des images d’époque, rendant l’immersion de l’histoire encore plus intense. L’adaptation du roman sonne juste & ne trahit pas l’histoire. La fin est différente de celle du roman, et personnellement, j’ai une préférence pour celle du film qui m’a arraché quelques larmes…