Le sol est froid, dur. Le ciel sombre, les arbres penchés comme pour se protéger d'une possible attaque céleste. Je suis dans un train emmitouflée dans mon écharpe entourée d'autres voyageurs somnolant.

Cette saison me rappelle une période de ma vie, il y a 10 ans maintenant. Ma mère s'est suicidée, elle s'est donnée la mort, sans rien laisser derrière elle. Elle n'avait peut-être plus la force de nous aimer, l'envie aussi. On ne saura jamais. De cette période, j'ai des flash, des rêves, des moments de la journée, des sensations. Le vide puis la tristesse et enfin la colère ... chère colère, j'aimerais te dire au revoir pour toujours ... et pourtant même si après des année elle s'est amenuisée, elle est encore là nichée en mon sein, dans ma chair, ma tête.  Si ma mère pouvait apparaître dans mes rêves, subterfuge de mon inconscient pour tenter de me préserver de la chute, je lui demanderai :

— Pourquoi ? Ce monde est cruel, dur mais n'est ce pas l'amour qui lui donne un sens ?

Elle ouvrirait lentement la bouche, le regard aimant que je lui connaissais et là ... rien, pas de son, pas de parole. Ce vide. Ce même vide qui se trouve en moi. Il est là. Et je me réveillerai dans ma réalité dont l'absente est une habituée des lieux :

— Vous ici, encore ?

— Mais comme toujours très chère ...

J'ai alors cherché l'amour, rencontré nombre d'amants qui ne comprenait pas ma peine. Nos corps s'enlaçaient, mais nos étreintes restaient muettes de sentiments, et je me sentais encore plus seule et malheureuse qu'avant.  Après tout, l'amour, que ce soit celui d'un amant, d'une mère, d'un frère reste de l'amour. Qu'importe la source à laquelle on va s'abreuver, on a tous besoin d'eau pour vivre, survivre ? Le soleil s'éveille doucement, me caresse le visage d'un léger reflet chaud, comme une main familière, maternelle peut-être ...

Je suis arrivée à mon arrêt.